Cap ou pas cap ?

La lumière se tamise, l’écho devient mélodie. Celui des pas, des portes du métro que j’entends se fermer au loin.

L’escalator me libère, et je marche jusqu’aux bornes. Mais moi, je ne prie pas pour qu’elles soit libres. J’aime l’inattendue, les rencontres fortuites. Cette femme pressée, ce vieil homme qui n’a pas la monnaie, ce vigile qui nous regarde passivement, luttant contre la chaleur. Est-ce qu’il rêverait seulement de prendre ma place ? Voyageur temporaire souterrain, contre garde-fou d’un hall hétéroclite.

Ticket en poche, le tourniquet me salue, et mon reflet s’invite aux couleurs des affiches du métro. En bas, j’attends cette rame, tout comme toi.

Moi, je suis cet homme qui sourit. Celui qui n’a pas d’écouteurs, qui aime entendre la vie.

Peut-être nous sommes-nous déjà croisés. Sans doute… Dans mon téléphone, il y a Tinder, il y Happn, tu sais, toutes ces applications virtuelles ? Mais l’instant d’une dizaine de stations, elles seront muettes. Point de réseau sur ces rails. Muettes pour la bonne cause, pour l’éphémère. Une seule chance. Car au fond ce que j’aime, c’est la vraie vie. Là ou les rencontres s’improvisent avec vérité, calligraphiées avec soin sur du papyrus, signée par le destin.

Au fond, je fais partie de ces quelques hommes, naïfs et sincères, drôles mais nullement perchés, les pieds profondément ancrés sur Terre, et qui cherchent leur moitié, non un plan fesse. Et à défaut, une belle rencontre. L’espace d’un instant, juste parce qu’un sourire, ça vaut mieux qu’une partie de CandyCrush.

Dis comme ça, tu t’imagines sûrement un fichu prof avec sa mallette dégueulasse en cuir. Ou une saloperie d’écrivain qui bouffe de la Quinoa après avoir fait les magasins bios du centre-ville. En fait, pas du tout. Je suis celui à qui tu ne t’attends pas, plein de contradictions. Chaussures italiennes impeccables pour braver la brique rose, mais un sac Célio dans une main. Des fois c’est un sac Durance, le genre de type qui achète des bougies pour atténuer l’odeur de Steak grillé à la poêle dans son appartement. Un type qui écrit bien, qui porte parfois une casquette à l’envers, et qui mange des steaks. Un vrai mec !! (mais un vrai mec qui a des bougies ? trop bizarre).

Parfois nos yeux se croisent. Et parfois aussi, j’imagine que tu te projettes ? On fait tous ça. Tiens, je me verrais bien avec elle, arpentant ensemble les rues, s’asseyant sur les Quais de la Daurade en regardant les avions atterrir. Ou peut-être que tu te verrais y nager ? Bon moi je t’avouerais que les ragondins se débrouillent super bien, et je n’ai pas envie de mouiller mon calfouette. Enfin bref… Être côte à côte dans l’escalator, en empêchant les plus pressés de nous doubler car après tout, on est en couple m**** ! Une sorte d’équivalent du “bébé à bord” en voiture.

Mais un regard ne suffit pas. Sais-tu seulement ce qu’il en coûte de venir te parler quand il m’arrive de croiser un de ces visages qui me fascinent ? Tu te diras, encore un de ces gros lourds qui vient me souler (alors que peut-être j’aurais juste découvert que toi aussi tu es une jolie chieuse). Ou bien, “il doit faire ça avec toutes les femmes”, alors que je prends mon courage à deux mains 5 fois dans l’année. Toi qui vénères tes écouteurs, qui regardes tes pieds, ou te perds dans tes pensées.

Je lis souvent ce site car je rêve un peu à travers. Simple humain, parmi d’autres. Humain qui aimerait bien retrouver la vie à deux, malgré le tumulte de la vie active et des amis célibataires qui se font de plus en plus rares. Vie à deux, oui… Et même si les annonces d’une femme pour un homme sont minimes, elles existent. Alors… je reste humain et maladroit, mais il peut m’arriver un jour de venir t’aborder. Parce que je sais que toi, tu ne le feras pas. On a qu’une vie, et je préfère m’éteindre un jour sans regrets. Rien n’est écrit, tout est chorégraphie. Je marche sur un filin, et je tente de garder l’équilibre, c’est ce qu’il y a de beau dans cet exercice du métro. Ça s’applique parfois aussi en dehors.

Tu connais le film Jeux d’enfants ? Cet instant du “cap ou pas cap ?” auquel je pense quand je dois faire le premier pas. Alors juste, si tu lis ces lignes… penses à moi si un jour je viens te parler.

Un inconnu du métro.

    Détails

  • Métrobà Carmes.
  • Une rencontre faite le 27 juin 2017.
  • Rédigé par un homme pour une femme.
  • Publié le mardi 27 juin.

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